 (Femme Bedik) |
 (Femme Bedik) |
Pour se rendre dans le pays
des Bedicks, on n'a pas le choix. D'où que l'on vienne, on est obligé de
grimper une colline d'au moins 400 mètres d'altitude. Et là où les habitants
de ce village mettent une trentaine de minutes avec un sac de riz au dos, un étranger
avec son carnet et son stylo perd banalement une heure et demie pour rejoindre
le sommet. Mais, lorsqu'on descend de la colline, le visiteur est frappé par la
beauté des chaumières avec les murs des cases construites avec des pierres ou
du basalte. Les chaumières sont perchées sur une pente. Les toitures laissent
apparaître une forme artistique. Elles sont soutenues par des lattes de bambou.
Le village est fondé au XIIe siècle, mais il compte aujourd'hui 504 âmes et ce
n'est pas seulement cela qui impressionne.
A Iwol, l'attachement à la tradition se vit. L'étranger est vite emballé par la
perpétuation de l'héritage légué par les ancêtres. A moins d'être distrait,
mais à Iwol, on admire cette variété de coiffures traditionnelles portées par
les femmes. Certaines ont des tranches de tresses sur lesquelles sont agriffés
des fils de cauris ou de perles.
Une rangée de perles traditionnelles part du front à la nuque des filles moins
âgées. Le lobe des femmes comme celles des petites filles est parcouru par des
trous. On peut voir une femme dont les oreilles sont parées de plus d'une
dizaine de boucles d'oreilles.
Certaines ont la cloison nasale traversée par de morceau de bois, de cuivre ou
de d'aluminium. Auparavant, ce sont les piquants des porcs-épics qui étaient
utilisés. Cet ornement servait dans le passé à différencier le Bedick
(ethnies vivant à Iwol) de son ennemi.
 (Femmes Bediks lors des cérémonies traditionnelles)
Perpétuer la tradition
Aujourd'hui, malgré l'inexistence des guerres, les Bedicks s'attachent à cette
parure. "Pendant les guerres, l'ornement de la cloison nasale est un signe
distinctif. Il aide les Bedicks à identifier leurs ennemis en temps de guerre.
De nos jours, il est toujours à la mode. Il entre en droite ligne dans la
perpétuation de la tradition", laisse entendre l'enseignant, Jean Baptiste
Keita, habitant au village. L'installation de leurs habitats dans les monts,
s'explique par le passé, par des raisons de sécurité, de nos jours, elle permet
à ce peuple de mieux perpétuer la tradition. Tous les villages Bedicks du
Sénégal sont juchés sur une colline ou sont lovés dans un vallon. On dénombre
une dizaine de villages. Ellyés-haut, Bantata, Inéré, Etyés-bas, Mangama, Iwol
la capitale, Etyowar la deuxième capitale, et Andyèle. Ce peuple venu du Mali
se plait de ce milieu à l'accès difficile ou l'on pratique tout au long de
l'année une série de fêtes. Aujourd'hui, dans ce village, les habitants ont le
pouvoir de communiquer avec les abeilles pour chasser les ennemis. Cela depuis
des générations révèle Jean Baptiste Keita.
Comme certaines ethnies du Sénégal, les Bedicks croient aux forces invisibles
qui animent la nature. Ils pratiquent des rites comme le "Gamond".
Durant cette fête, ils prient afin que les forces divines leur donnent pluie,
santé et protection. Cette fête se déroule entre Mai et Juin. Dans ce village,
la perpétuation de la tradition a encore de beaux jours devant elle. Toutes les
conditions sont réunies pour vivifier l'héritage légué par les ancêtres. La
seule menace à la tradition, c'est l'école d'une classe fondée depuis 1968. Le
village est habité uniquement par les Bedicks mus par une même cause : la
sauvegarde des coutumes et traditions. Et cela fait rappeler ces belles phrases
de Pierre Rauscher, dans le livre intitulé les "Bediks" paru aux
éditions Sépia "Nous les Bediks, sommes encore très attachés aux valeurs
traditionnelles et aux coutumes que nous ont léguées nos ancêtres. Animistes ou
féticheurs, nous nous adressons à des puissances surnaturelles qui sont cachées
sous un tas de pierres ou sous un morceau de ferraille". A part
l'agriculture, la poterie est l'activité qui prend plus de temps aux femmes.
Ces dernières parcourent des kilomètres pour chercher de l'eau au puits. C'est
le seul casse-tête pour les peuples de la vallée heureuse.
Par Idrissa Sané
En ligne le 03-11-2006 - Lu 666 fois
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